Le blog

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Rencontres du 3ème livre

Livres animés, récits audiovisuels, écritures mouvantes et poèmes vivants : les métamorphoses du livre n’ont de cesse de nous émerveiller. En 1961, Raymond Queneau composait la première œuvre de poésie combinatoire : Cent mille milliards de poèmes, que l’on retrouve désormais en version numérique plus pratique, car au lieu de feuilleter des lamelles au hasard, le lecteur peut choisir chaque vers parmi les dix possibilités qui lui sont offertes. En 1971, le projet Gutenberg donnait naissance au livre numérique qui compte aujourd’hui de plus en plus d’adeptes. Aujourd’hui, les possibilités du numérique offrent encore plus de surprises.

Des contes interactifs

La souris qui raconte est une maison d’édition 100% numérique qui propose plusieurs collections d’histoires inédites selon différents degrés d’interactivité : avec les histoires à inventer par exemple, l’enfant peut recomposer l’histoire à sa façon, et le cadre narratif devient pour lui un espace de création. Pour Françoise Prêtre, directrice, il s’agit d’une lecture innovante, gourmande, qui ne s’appuie sur aucun livre édité mais offre une lecture plurielle, où lettres, mots, images et sons s’animent pour le plus grand plaisir des lecteurs en herbe.

Les livres prennent vie

En 2009, Jacques Attali publie Le Sens des choses un « hyperlivre » truffé de flashcodes qui renvoient vers des contenus multimédia. Depuis 2011, la collection Dokéo aux éditions Nathan proposent des livres pédagogiques en réalité augmentée. Il suffit d’un ordinateur équipé de webcam : après avoir téléchargé le logiciel, on contrôle à partir du clavier tous les objets modélisés en 3D. Tels des Pop-ups animés, hélicoptères, dragons et dinosaures surgissent alors du livre comme par magie. Imaginez alors les possibilités d’apprentissage, le goût pour la lecture réactivé via ces nouvelles formes de lecture.

Le livre augmenté, objet d’art ?

Promenade visuelle de toute beauté, Le monde des montagnes de Camille Scherrer nous emmène dans un univers merveilleux. Cette jeune designer interactive donne vie à ses histoires en mêlant technologie et poésie qui séduisent par son originalité, sa créativité et sa grâce. Superbe exemple où un univers, invisible sur le support imprimé, se dévoile. Des poissons surgissent des cadres photos, des nuages passent doucement sur la page, des flocons caressent le papier : autant d’invitations à l’étrange.

Ces expériences de lecture à vivre ouvrent la voie à des nouveaux territoires comme l’univers des applications mobiles. La souris grise, par exemple, nous fait découvrir les plus belles applications ludo-éducatives pour les plus petits. Pour le moment, les dispositifs les plus innovants s’adressent surtout aux plus jeunes. On pense à la collection Histoires animées des Editions Albin Michel Jeunesse et à la délicieuse chouette de Léna Mazilu, aux éditions interactives de l'Apprimerie, à l'application Les p'tites poules autour d'un jeu de course multi-joueurs inspirée de la série des livres et enfin pour boucler la boucle L'atelier de Werther qui invite les 10-12 ans au temps de Gutenberg, à revivre l'invention de l'imprimerie.

Certains projets s'adressent également aux plus grands avec La douce de François Schuiten, une bande-dessinée qui s’accompagne d’une expérience de réalité augmentée. Le livre augmenté de Martin Kovacovsky et Marius Hügl (inspirés de Camille Scherrer) conçu à partir de la nouvelle Le cas étrange de Dr Jekyll et Mr Hyde, où plusieurs niveaux de réalité se combinent pour laisser apparaître d'inquiétantes créatures. Et puis Émile, une application collaborative d'Hachette Livre qui permet de découvrir Paris à travers la littérature française.

D'autres projets innovants sont au rendez-vous :

  • La neige n’a pas de sens des Editions Subjectile qui fait la promotion et la diffusion de la création contemporaine sous toutes ses formes (arts de la scène, arts plastiques, arts numériques…) par le biais d’éditions imprimées et électroniques. L’ambition de cette jeune maison d’édition est d’interroger les supports de l’écriture à l’heure du numérique et des technologies mobiles. Il ne s’agit pas d’exclure l’imprimé ou l’électronique au bénéfice de l’un ou de l’autre mais au contraire d’explorer la spécificité et la complémentarité de l’un et de l’autre.
  • Un livre qui veut devenir jeu vidéo, un autre qui s’autodétruit vingt minutes après sa première ouverture, un livre sonore utilisant un i-phone glissé dans son étui… Les éditions volumiques (ré)concilient ingénieusement livre et numérique : http://volumique.com/v2/
  • Le numérique est désormais au coeur des réflexions des éditeurs, de nouvelles formes d'écriture voient le jour, de nouveaux prototypes également. Comme par exemple la technologie tactile développée par Sony qui transforme une surface place en table interactive. Ici, les illustrations d'Alice au pays des merveilles se déclenchent au gré des manipulations et des envies du lecteur. Elles sortent même du livre pour arriver sur notre espace de travail. Une technologie émergente à suivre...

Retrouvez toute l’actualité du livre numérique : http://www.lettresnumeriques.be/

Et actuellement du 3 au 6 avril 2017, le salon du livre jeunesse à Bologne organise un symposium sur ces questions. Reste donc à enchanter les adultes avec cette sélection en avant-première :

 

 

 

 

 

Tags : livre

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Namur au cœur des Interférences (KIKK)

Le KIKK Festival : est un événement international à la croisée de la technologie, des arts visuels, de la musique, de l'architecture, du design et des médias interactifs.... Depuis 6 ans, ce festival des cultures numériques s’installe à Namur et accueille plus de 5 000 participants venus de 49 pays différents. En novembre 2016, il était placé sous le signe des « Interférences » ; l’occasion de découvrir un éventail de technologies et d’artistes issus de nombreuses disciplines.

 

Avant même de démarrer le parcours in situ, le graphisme du site du KIKK 2016 émerveille : une bulle irisée, une boule de cristal liquide nous fait voyager dans les méandres de l’imaginaire. On  pourrait s’attendre à ce qu’un tel événement ne soit réservé qu’à un public exigeant et connaisseur. Pourtant, ce festival des cultures numériques et créatives, pointu du point de vue technologique, se révèle aussi grand public, accessible et ludique car il touche à notre quotidien. Son objectif est simple : nous inspirer, nous accompagner dans une exploration des possibles, faire vibrer nos ondes et cordes sensibles, réveiller nos sens et plonger dans des univers insolites et décalés. Pari réussi puisque nous y avons fait de belles découvertes digitales et reçu de nombreux chocs visuels dans des lieux qui se répondent à la frontière entre art, économie et sciences.

 

Le KIKK Market

Sous un chapiteau de 500 mètres carrés, ce marché aux innovations donne à voir un éventail de projets comme celui de Food-printing où une imprimante 3D à chocolat est proposée par la Smart Gastronomy Lab de Gembloux pour réinventer l’art culinaire de demain, ou celui de la société Timmpi avec Subpac qui nous fait ressentir la musique dans le corps par vibrations rien qu’en enfilant un sac à dos futuriste,  ou encore le canoë pliable Onak venu de Belgique, aux allures d’Origami qui se plie, se déploie et se replie avec une facilité déconcertante. Dans cet espace de démonstrations, on trouve des jeux de construction en bois associés à de la réalité augmentée, des drones, des interfaces pour manipuler la musique à la manière d’un chef d’orchestre digne de Harry Potter. C’est donc l ‘occasion rêvée pour rencontrer les nombreuses startups qui présentent leurs produits et nous permettent d’imaginer les usages de demain dans les EPN.

 

Le Little KIKK Festival est l’espace dédié aux enfants entre 6 et 12 ans qui leur permet de découvrir des technologies nouvelles tout en s’amusant. Un véritable bac à sable numérique avec des projections interactives pour danser, des combats de robots, des animations avec l’ASBL Action Médias jeunes qui initie petits et grands à la magie du Cinémagraph et du GIF (voir toutes les réalisations sur : http://kikk-cinemagif.tumblr.com/)

 

En plus d’une superbe exposition,  d’ateliers pour mettre la main à la pâte et comprendre les différentes étapes d’un processus créatif, des conférences ont permis à de prestigieux invités (artistes, designers, développeurs, chercheurs…) de nous faire découvrir leur parcours.

 

Voici une sélection de petits miracles pixellisés pour enchanter le  réel où le dialogue avec les technologies et l’imaginaire des artistes fait exister des espaces invisibles. Dans tous les projets présentés, les capteurs et logiciels n’ont aucune imagination : la plupart utilisent des outils artisanaux, des technologies low-cost et c’est l’humain qui est placé au cœur de la démarche pour créer des interactions sensibles entre le numérique, la danse, le dessin, le livre, le design, la typographie… C’est la puissance d’évocation du numérique qui permet de créer ces images et de rendre visible l’invisible.

 

Adrien M. et Claire B.

Le mouvement de l’air : https://www.youtube.com/watch?v=xsskbGYq7lc

Une rencontre toute en poésie de la danse et des arts numériques. Quand la lumière rencontre la matière et que les images deviennent les partenaires de jeux des danseurs. L’algorithme se transforme en personnage pour évoluer dans l’espace en temps réel.

La neige n’a pas de sens : https://vimeo.com/161944781

Leur dernière création est un livre où la page est imaginée comme le plateau des spectateurs. Des œuvres en réalité augmentée introduisent le mouvement dans leur monographie consacrée à leur processus de création.

 

Joanie Lemercier

Nimbes : https://vimeo.com/111997965

Le travail de Joanie Lemercier s’inspire de l’observation de la nature, de l’utilisation de la lumière pour augmenter le dessin et d’algorithmes pour générer des paysages à l’infini.

 

Gaël Hugo

Ce designer interactif suisse est un être hybride qui mêle mathématiques, art, design, design graphique, design de production, scénographie, imprimé et enseignement pour créer une discipline fédératrice.

L’agence One more Studio : http://www.onemore-studio.com/?project_id=154

 

Akufen

Un studio de création canadien pas comme les autres qui mène des projets documentaires interactifs comme le Journal d’une insomnie collective où l’internaute a un rôle à jouer dans l’histoire. Il développe aussi des sites décalés comme Dada Data, projet digital fait d’exercices Dada interactifs en rafale, d’un anti-musée web et d’un Dada-Block pour remplacer les pubs par des œuvres d’art : http://dada-data.net/fr/block

Et le carte de Noël la plus cool est décernée à…? http://www.danstapub.com/la-grande-branlette-de-noel-une-competition-interactive-entre-agence/

 

Superscript2

Superscript au carré est un studio de création graphique touche-à-tout : de l’édition à la typographie, des médias numériques à la communication visuelle. Pour l’édition 2016, les deux comparses Pierre Delmas Bouly et Patrick Lallemand ont présenté brillamment leurs meilleurs projets ratés ! La stratégie de l’échec est une réussite : http://www.super-script.com/dead_site/

 

Stefan Sagmeister

Designer mondialement reconnu et fondateur de l’agence new-yorkaise, Sagmeister & Walsh parle de son métier avec enthousiasme en nous révélant sa méthode infaillible : pour commencer à réfléchir sur le design d’un objet, il faut partir d’un tout autre objet !

Et pour commencer l’année 2017 en apesanteur : https://www.youtube.com/watch?v=9-Knm_PbzHA

 

De nombreux festivals permettent d’apprécier ces nouvelles écritures mais le KIKK reste une référence incontournable. Alors, rendez-vous pour l’édition 2017 ?

 

Tags : culture numérique

La commune de Huy a son Wiki

epnhuyVoici deux ans que l'EPN de Huy réfléchit avec le Centre Culturel de l'arrondissement de Huy à un projet d'encyclopédie territoriale. Ainsi est né ce 1er octobre WikiHuy, où quand l'écriture relie citoyens, journaux de quartiers, associations, artistes, bibliothécaires et enseignants.

Michel Jadot Coordinateur EPN & Animateur Multimédia  : « C'est une première en Région wallonne. En association avec le Centre Culturel, on a commencé par former les associations de la région hutoise à la création d'un site Internet. Et puis on s'est dit que ce serait chouette de mettre en place un outil participatif et collaboratif. Dans un premier temps, nous avons testé le blogue multimédia mis en place par la commune de Brest dans le cadre d'un projet européen. Mais la plate-forme était fermée et difficile à adapter. Nous avons alors opté pour une plate-forme identique à celle utilisée dans le cadre de Wiki Brest. Elle est basée sur MediaWiki, un logiciel open source. Nous avons présenté le projet aux 18 permanents culturels. Tous ont été emballés. Puis on a élargi aux bibliothèques, à l'IPEPS et à Latitude 50 pour constituer un comité de suivi qui se réunit chaque mois. C'est en son sein qu'a été établie la charte d'utilisation de notre encyclopédie territoriale. »

Wikicafés
Le rôle de l'EPN dans Wikihuy ? « Un rôle de maintenance technique et de formation à l'écriture dans le Wiki, chez nous et en mode décentralisé. Avec les EPN de Wanze et de Marchin qui sont également partie prenante, nous lançons par ailleurs les wikicafés. Ce sont des réunions informelles où les citoyens intéressés par la valorisation d'un projet ou d'un quartier peuvent se retrouver. Par exemple, on peut songer à une page rédigée à partir d'une série de cartes postales anciennes. Il s'agit d'ajouter une plus value, une participation citoyenne dans une commune autour d'un projet commun. Autre exemple : notre club informatique Senior, le Cyber Dede va visiter une fromagerie régionale et travailler à une page tournant autour de la fabrication de notre fameux Saint Mengold. »

Mémoire collective

La fonction de ce Wiki ? « Elle est double. Il s'agit de réunir et de partager toute la richesse de notre patrimoine régional sur les plans culturel et associatif, de constituer un support à la mémoire collective de notre région, et de favoriser les échanges de savoir à son échelle. Sur le modèle de l'encyclopédie en ligne Wikipédia, le but est d'offrir à tous les publics des ressources documentaires sur le territoire. Il s'agit de créer un outil privilégié de communication à même de favoriser la diffusion des connaissances et de valoriser l'image de la région de Huy auprès de ses habitants et des extérieurs, mais aussi de fédérer les professionnels (archives, bibliothèques, services d'animation du patrimoine, communauté éducative...), les associatifs et les particuliers (qui seront invités à participer activement à l'écriture dans WikiHuy) autour d'un projet collaboratif et démocratique."

Répertoire associatif et agenda artistique
Le WikiHuy constitue aussi un répertoire associatif et artistique évolutif, dont l'intérêt sera lié à l'acuité des mises à jour et à l'exhaustivité de son agenda. Chaque association, chaque artiste aura l'occasion d'actualiser régulièrement sa page. Les pages de notre Wiki territorial permettent aux associations et institutions de relater leurs activités et de présenter toutes les richesses culturelles de la région hutoise sous forme de textes, de photos, videos et enregistrement sonores. »

EPN et bibliothèques : dépasser la diffusion documentaire

C'est le 22 octobre dernier à l'Université de Travail de Charleroi que le service lecture de la Fédération Wallonie Bruxelles a organisé la journée « Partagez l'aventure des bibliothèques » à l'intention des étudiants de dernière année des sections bibliothécaires, documentalistes et sciences du livre. Différents ateliers étaient consacrés aux enjeux et métiers du développement des pratiques de lecture et d'écriture en bibliothèque, dont deux sur le rôle des EPN en bibliothèque. L'EPN de l'Université du travail est géré par Daniel De la Marche, détenteur d'un graduat en informatique de gestion et d'une formation de bibliothécaire. « Il ne faut pas », explique Daniel , « être informaticien pour gérer un EPN. Bien sûr, il faut avoir la fibre mais on n'est pas tout seul. Les EPN labellisés ont accès gratuitement à des formations organisées par Technofutur. Il existe un réseau social d'information, d'échange et d'entraide entre animateurs. »

Articuler l'EPN avec la bibliothèque
Quelle est l'articulation entre l'EPN et la bibliothèque ? «L'EPN doit se greffer aux pratiques de la bibliothèque afin d'aller au-delà de la simple diffusion documentaire. Nous avons placé sur un support en ligne les activités d'un stage d'écriture organisé par l'ASBL Sima. . Nous avons acquis pour ce faire le logiciel Comic Life qui permet de réaliser très facilement un roman photo simplifié. Nous avons utilisé lors d'une visite de classe le site Jimdo pour leur permettre de s'exprimer d'une nouvelle façon. Nous apportons une dimension complémentaire aux activités de la bibliothèque.»
Quel public l'EPN de l'UT touche-t-il ? « Essentiellement le public scolaire et les personnes âgées. Il y a à proximité d'autres structures qui s'adressent aux demandeurs d'emploi. Nous avons des plages horaires de consultation libre, des sessions organisées sur rendez-vous et des ateliers thématiques que nous organisons en fonction des demandes des lecteurs : les logiciels libres, le cloud computing, comme gérer et sécuriser son profil Facebook ,... Nous avons la chance d'être complément indépendant dans la gestion de notre EPN et de bénéficier d'une connexion haut débit au réseau académique géré par Belnet. Dans de nombreux EPN, on dépend de l'informatique communale. Pour une simple mise à jour, il faut parfois des semaines et si la politique de sécurité interdit par exemple l'accès à Facebook, l'animateur se trouve coincé. Il faut bien savoir qu'il n'y a pas deux EPN identiques. Parfois, leur arrivée dans une bibliothèque est le fruit du hasard. Je songe à un projet entre un CPAS et Oxfam dans une commune qui a débouché sur la création d'un EPN. Il n'y avait pas de place dans les locaux du CPAS : on a mis l'EPN dans la bibliothèque mais personne n'était prêt ! »

On se sent utile
A l'instar du réseau de bibliothèque de la Louvière, L'UT de Charleroi planche sur un projet de liseuses électroniques. Daniel  : la bibliothèque et le numérique sont de plus en plus imbriqués. Dans ce contexte, l'EPN aura un rôle de plus en plus important à jouer.Pour moi, c'est le même métier que celui d'un bibliothécaire mais avec des équipements différents. C'est ce qui fait la beauté de ce métier : on se sent utile , on voit que l'on sert à quelque chose.»

Tags : bibliothèque

VIKIDIA, comme les grands...

VIKIDIA est une web encyclopédie, écrite en français, en espagnol et en italien à l'intention des enfants de 8 à 13 ans, mais à laquelle chacun, quel que soit son âge, peut participer. Basé sur le même principe que son grand frère WIKIPEDIA, il en offre les mêmes avantages et inconvénients. Le risque n°1 reste la véracité de l'info. Bien heureusement les Wikidiens veillent au grain et les erreurs sont repérées et corrigées au plus vite. Et surtout, la guerre au « Vandalisme » est ouvertement déclarée !

Face à VIKIDIA, on peut adopter 2 attitudes différents selon que l'on soit utilisateur, donc  à la recherche d'informations, ou concepteur. Bien sûr, on peut aussi être les deux à la fois. C'est donc un outil doublement intéressant pour les jeunes.

En effet, le premier point de vue est celui de l'utilisateur. Le niveau d'info est accessible, adapté. Et selon les besoins ou desideratas, il existe plusieurs niveaux de recherche (moteur de recherche classique, par thèmes, par catégories, par images et même par hasard...). Bon c'est vrai que, petit point faible de ce site, l'ergonomie et la navigation sont un peu brouillon. Ceci dit, pour toutes questions posées, restées sans réponse, « Savant Cogitus » est là pour nous satisfaire.  Une relation virtuelle et intellectuelle personnalisée ! De plus, le site est actualisé régulièrement, en tête de bandeau de la première page une info utile. Et chaque semaine un article est mis en exergue. Plus bas, toujours sur la page d'accueil, on trouve l'image du jour.

Ainsi, l'utilisation de VIKIDIA peut susciter l'envie de passer à un niveau supérieur celui de la participation active, qui d'ailleurs est largement sollicitée sur le site (on peut commencer par mettre des photos, par exemple). Le second point de vue est donc celui du concepteur. La participation en ligne non seulement rend le site vivant, mais en plus, il permet au jeune de devenir acteur du net. Pour cela, c'est très simple, il suffit de « créer un compte » auquel il peut, s'il le souhaite, rajouter « une page perso ». La participation personnelle devient alors collective et les jeunes créateurs (qui finissent par se connaître via leur pseudo et leur page perso) apprennent aussi à travers leurs échanges. Et dans le coin « bavardages », c'est comme à l'école, cela fonctionne très bien.

Donc, au-delà du fait de développer le sens du partage et de la communauté, il y a une certaine fierté, pour un jeune utilisateur, à créer sa propre page, non pas perso, comme dans un blog (qui est très bien aussi) mais collective. Car ici on se confronte au travail en groupe. Et quel groupe, un groupe mondial, celui du Web ! Forcément on peut se sentir utile pour tous et c'est aussi idéal pour la préparation d'exposé par exemple.

 Car voilà le troisième point intéressant et cette fois il s'adresse aux enseignants, VIKIDIA, exemple de site web collaboratif, peut être un outil pédagogique très utile et ludique. Il offre aux formateurs de réels « projets pédagogique » en ligne.

Et si VIKIDIA est avant tout une communauté faite par des jeunes et pour des jeunes, il n'est cependant pas interdit aux adultes !

L'art, l'underground et les EPN

Cette année aux Rewics, place aux artistes et à l'underground. Dans le hall, une exposition de QR Codes comme autant de mosaïques renvoyait à des sites d'artistes hors normes. Dans la salle juste à côté, une conférence soulevait de nombreuses questions : une conférence sur un Web underground est-elle possible ? Le concept d'underground existe-t-il encore puisqu'avec le web on a accès à tout, tout de suite ? Sans compter que les outils technologiques semblent en contradiction avec la pauvreté des moyens utilisés dans le cinéma underground des années 60... Et puis toujours la question de la légalité qui se pose également à l'heure du Web 2.0.

Qu'est-ce que l'underground ?

En s'appuyant sur les origines possibles du mot (Dostoieveski avec ses « carnets du souterrain » ? Le  groupe The Velvet Underground ? une formule de Duchamp pour qui l'artiste de demain "will go underground" ?), on s'aperçoit que la terminologie n'a pas le même sens pour tout le monde. Certains le rattachent à une époque (fin des années 60), d'autres y voient une catégorie transversale qui remonte au XIXème, voire avant, et pour d'autres c'est le fait d'être toujours à la marge, en dehors des circuits dominants. Pour nous, l'underground se mérite, il faut le trouver, le chercher, prendre le risque d'être déçu...

Du street art au neen art, en passant par le reverse graffiti, le V'Jing, les flashmob, l'artivisme, l'hacktivisme, les filiations existent. Les moments clés comme les mouvements fin de siècle qui jouent sur le sérieux et le canular, le mouvement Dada, la fin des années 60 autour des mouvements de libération et de révolte générationnelle. Par exemple, il y a toute une filiation du cinéma d' avant-garde (films surréalistes des années 20-30, avant-garde russe autour de Dziga Vertov, cinéma expérimental américain de Warhol, Anger...) qui aboutit au Vjing.

La présence de deux artistes, Christophe Bruno et Sébastien Rien, qui ont montré leur travail, a permis de concrétiser l'existence actuelle d'un underground aujourd'hui bien vivant.

A partir du hack de Yahoo, la pièce Fascinum montre les images les plus visitées : une fascination en temps-réel. Logohallucination ou comment des logos se cachent dans les images les plus insoupçonnables ? Démonstration de Christophe Bruno.

À la croisée du graphisme, de l'édition, des arts plastiques, numériques et de la musique, Sébastien Rien expérimente les relations entre le vivant et la technologie dans Sneak peak of a new Phase 3 experiment - 1. Son projet SOSSOSSOS présenté dans un EPN.

Et justement dans les EPN ?

L'EPN aussi peut ouvrir ses portes à l'underground 2.0 car il n'est pas juste un lieu de formation aux outils bureautiques, mais aussi de développement des pratiques culturelles et artistiques. Lorsque la conférence du matin parlait de médiation numérique, il faut entendre également médiation culturelle numérique. Celle-ci doit permettre au plus grand nombre de décrypter le monde d'aujourd'hui, de construire des parcours à travers le monde des formes, qu'elles soient visuelles, sonores, textuelles... Les nouvelles pratiques et les outils numériques sont alors d'excellents moyens d'accès à la création contemporaine. L'animateur décrypte le monde numérique, décode la figure du hacker, nouveau héros romantique sur la toile, et la démarche des « artivistes » engagés qui nous font réfléchir sur les enjeux de la société d'aujourd'hui.

En créant des espaces critiques, de réflexion, de découvertes, l'EPN interpelle sur la création en ligne, ouvre à des possibles insoupçonnés, introduit de la poésie numérique, propose des activités créatives et inventives, bref en un mot réenchante les regards à travers des exemples de toute beauté qu'il aura sélectionnés et intégrés dans un atelier. Ce partage de sites, de trouvailles en ligne se transmettra et  donnera le goût de la découverte à ses publics. A cette occasion, le travail avec un artiste est un plus et une source de richesse inégalée.

Le souffle créatif se trouve dans les marges, je vous souhaite donc de vous promener hors des sentiers battus, d'être étonnés, perturbés, comblés par les artistes sur le réseau et dans l'espace public.


Tags : ReWICS

Les Mo de l'expérience (3) : la parole aux usagers

Après les écrits d'animateurs au travail, les écritures plurielles des réseaux, notre saga se penche sur les écrits d'usagers. Dans les EPN, non seulement les usagers apprennent à s'approprier les outils numériques, mais leurs paroles comptent également pour dynamiser la vie du lieu. L'écriture est un excellent vecteur de lien social.

Des commentaires d'usagers

Après avoir participé à un atelier, les participants apprécient de laisser un petit message pour donner leur impression a posteriori, revenir sur un point, enrichir d'une ressource sur le sujet... Bref, autant de prétextes pour donner son avis et donner envie aux autres de participer à l'atelier comme à l'EPN de Momi Clic.  A la manière d'un livre d'or à Arlon, on recueille des témoignages à Hotton ou des remarques, suggestions, idées d'ateliers sous forme de questionnaire pour les usagers, qui participent ainsi aux améliorations de l'EPN. La bibliothèque de Florennes offre à ses lecteurs, aux bibliothécaires et aux utilisateurs de l'EPN, la possibilité de partager leurs coups de coeur (livres, sites internet et bonnes adresses). Mais donner libre cours aux expressions des usagers ne se fait pas uniquement sous forme écrite : les images, les vidéos, les voix ont leur mot à dire. L'image aussi est un langage, peut-être même plus universel... Pourquoi ne pas organiser un concours photo comme les EPN du Grand Dijon ?

Donner à voir les réalisations du public

Lors des ateliers, le public des EPN réalise ses propres créations : cartes postales, blogs, web-reportage, clips vidéo. Les EPN de l'agglomération de Montbeliard ont eu l'initiative de mettre ces réalisations sur le site afin que chacun puisse se rendre compte du travail réalisé.  A l'EPN de Gouvy, les utilisateurs sont à l'honneur et porteurs de belles surprises... Bien d'autres réalisations sont possibles. Ainsi, à l'EPN de Mons, on peut assister à la création d'un atelier d'ombres chinoises, du découpage au spectacle final.  Et à celui de Tubize, de véritables créations sonores sont mises en ligne, comme l'atelier « Prévert est un slammeur ».

Faire ecrire

Des portraits d'usagers : A Folelli en Haute-Corse, le blog de l'EPN décrit le suivi des ateliers et mêle les commentaires des participants,les reportages photos donnent le ton des moments forts dans l'EPN et nous présente des portraits d'usagers qui confient leur rapport à l'écriture... Dans le même esprit, histoires ordinaires  qui m'a été signalé par Michel Briand à Brest, nous fait découvrir des citoyens aux multiples trajectoires sous forme d'interviews : des anonymes, des citoyens qui nous ouvrent leurs passions et leurs idéaux.

Des ateliers d'écriture:Le Journal tout en images est depuis 2010 un magazine vidéo participatif du quartier Abbaye-Jouhaux-Châtelet à Grenoble. A travers des ateliers de réalisation audiovisuelle, des habitants de tout âge prennent en main les outils d'aujourd'hui pour donner à voir et à entendre la diversité et la richesse de leur quartier.Ils bénéficient des interventions d'une artiste vidéaste et de l'équipe du Centre AudioVisuel. Ce projet s'est construit en partenariat avec les professionnels du secteur éducatif, social et culturel.

Depuis mai 2008, des journaux scolaires, sous forme de blogs ont vu le jour grâce à l'accompagnement de l'EPN  qui forme les instituteurs à l'autonomie dans la gestion de ces projets d'écriture et les élèves à la découverte de ces outils. L'espace 19 à Paris publie des articles avec l'aide des usagers. Tous ces exemples visent à rendre les usagers acteurs et à les guider dans leur appropriation des outils numériques, tout en créant des espaces d'échange, d'expression et de réflexion. Les ateliers d'Albertine Meunier comptent sûrement parmi les plus beaux exemples. Aller consulter le glossaire, c'est drôle, émouvant, touchant, et ça nous fait réfléchir sur nos pratiques d'animateur multimédia. Les vidéos réalisées par ces demoiselles de plus de 77 ans sont un régal et le tumblr nous fait partager leur production au fil des ateliers. Et pourquoi pas ne pas réfléchir avec les usagers à l'animateur multimédia de demain ? Leur demander comment l'animateur est perçu ? Que reste-t-il à inventer ensemble ? Voyez par exemple l'initiative citoyenne de RECIT, qui sur un mode participatif, démocratique et solidaire, met en réseau des expériences et des méthodes éducatives émancipatrices. Pour en savoir plus, ici.

Illustrations : affiches des ateliers d'écriture de la bibliothèque d'Estampuis.

La VJ attitude

On connaissait le DJing qui mixe des musiques. Le VJing, lui, mixe  vidéos, photos, images et tout objet visuel. V et J sont les initiales du terme Video Jockey ou Visual Jockey. La matière visuelle se  travaille en live et se retrouve projetée sur un ou plusieurs écrans. Né au début des années 1990 dans la scène techno, le VJing est aux frontières du cinéma expérimental, de l'art vidéo, numérique, de l'animation...

Les 20, 21 et 22 février à la MJC Mercoeur (Paris), nous étions une dizaine de participants à nous retrouver dans le cadre des ateliers de productions VJing nomades "Ecole VJ" organisés par Laurent Carlier. Laurent Carlier, animateur des ateliers, est VJ depuis une dizaine d'années et fondateur des Réseaux de la Création,  conférencier et directeur artistique, journaliste dans Etapes graphiques... il est ce que l'on appelle un hyper-activiste du VJing.

Au programme de ces trois jours de création visuelle :

1er jour : Education aux flux médiatiques pour avoir des repères historiques qui vont de la chronophotographie avec Edward Muybridge à l'art numérique en passant par les avant-gardes (constructivisme, Bauhaus), le cinéma expérimental et l'art vidéo. Le temps de s'arrêter sur les précurseurs du VJing et de nous donner l'eau à la bouche avec cette petite sélection : « Pas de deux » de Norman McLaren, « The Dante Quartet » de Stan Brakhage, « The Lovers »  de Bill Viola, « Anémic cinéma », Rotoreliefs de Marcel Duchamp,  "Data.Microhelix" de Ryoji Uekeda.  Impossible de les citer tous tant les références abondent pour arriver jusqu'au VJing et ses enjeux artistiques actuels. Des médias de masse, appropriation/détournement et self-média. C'est aussi lors de cette première journée que nous avons pu être sensibilisés au logiciel VJ : Modul8.

Le 2ème jour nous a permis de nous concentrer sur le logiciel pour créer du sens en abordant les notions des théories du montage, des limites de la représentation et de ce que Laurent appelle l'anarchivisme ou l'art de rendre vivant ses archives. Cette technique permet ainsi de créer et stimuler les associations d'images, de les intégrer dans une dynamique qui servira de stimulation pour la performance. Nous avons également pu aborder tout le matériel hardware et softwares dédiés au VJing.

Le 3èmejour a été consacré à l'approfondissement du logiciel en fonction de notre projet, à la gestion du multi-écrans et à l'optimisation des images pour la performance. En fin d'après-midi,  dans la semi-obscurité de la salle, la rencontre improvisée des images et des musiques a eu lieu. Les performances en live se sont succédées avec succès.



Le VJing touche tous les styles de musique, toutes les démarches artistiques et culturelles. De l'approche documentaire au mapping, tout est permis : pulsations, surimpressions, jeux de transparences, formes géométriques, boucles, effets stroboscopiques, rythmes,  flous, ralentis, bancs-titres, clips, répétitions, samples, effet Koulechov, colorisation...  Art du collage, du remix et des mashup, c'est un régal pour tous les bidouilleurs visuels. A titre d'exemple, voici des mappings féériques de Digital Slaves, des performances de toute beauté par le label visuel AntiVJ, des objets insolites réalisés par un collectif d'architectes : EXYZT. Cette pratique artistique émergente peut donner lieu à de nouveaux ateliers au sein des EPN.

Ressources

Pour vous faire une idée, je vous recommande d'aller jeter aux vidéos du festival Vision'R organisé par les Réseaux de la Création. Vous y trouverez un montage de démo par année, de quoi vous donner envie de participer aux ateliers de Laurent.

Pour échanger, partager, visionner et diffuser de l'image mixée en temps réel : le réseau des VJ.

Pour vous tenir informés et échanger des infos sur les initiatives au service du VJing et des images live, vous pouvez également vous inscrire sur la liste VJ collaborative des Réseaux de la Création et sur la page Facebook.

 

Tags : VJing

Les Mo de l'expérience (1) : écrits d'animateurs au travail.

Janvier 2012 : et si l'on en profitait pour réfléchir à ses pratiques professionnelles ? Comment se poser et sortir la tête de l'écran pour réfléchir à son métier, faire le bilan des activités passées, lancer des débats, mettre en ligne des supports, partager des astuces ? L'animateur qui écrit sur ses pratiques professionnelles fournit un matériau précieux pour les collègues et la co-construction d'une identité professionnelle. L'idéal pour prendre le recul nécessaire à l'analyse et développer une dimension critique sur sa façon de travailler.

Cette posture de l'animateur multimédia lui permet de mieux se connaître, savoir quel animateur il est, quelle est sa pédagogie, ses champs d'intervention, ses spécificités à travers l'écriture, bref sa singularité. Transmettre son regard personnel et mutualiser ses savoirs pour que chacun puisse piocher des bonnes idées d'ateliers, des conseils de bidouilleurs, des paroles d'usagers, autrement dit construire ensemble le métier. A l'heure où un référentiel a été publié, les écrits d'animateurs sont une illustration de leur savoir-faire. Pour s'inspirer, découvrons ensemble quelques exemples.

Carole Duguy est animatrice multimédia à la Bibliothèque Municipale de Lyon. Depuis 2006, elle écrit pour « Vive la Culture numérique ! », portail des EPN de la BM de Lyon. Elle nous donne à voir les multiples activités qui sont organisées au sein de la bibliothèque. Récemment, elle a publié le scénario hyper structuré d'un atelier intitulé "Histoires de pirates : création d'un livre audio par des enfants." C'est une invitation à réaliser à son tour le même genre d'atelier.

Domenico Curcio, compositeur et animateur d'ateliers musicaux, offre une belle vitrine sur http://www.domusic.org/. Il y présente ses activités de formations musicales, ses news, ses supports.  Les titres de ses ateliers sont vivants et ludiques : « Donne-vie à ta BD !» ou « Fabrique-moi un tambour, que je te joue du violon !» Il donne vraiment envie d'y assister ! Ces ateliers menés dans les EPN de Tubize et Malmédy sont illustrés par de nombreuses photos et enrichis par des articles associés. Il donne également des conseils pour s'équiper en matériel audio et réussir son atelier.

Julien Devriendt est coordinateur d'EPN et responsable multimédia à la médiathèque François Mitterrand (Ville des Ulis, France). Sa page web s'ouvre avec un personnage pixellisé qui nous salue d' un « Hello Word » et renvoie à d'autres ressources comme son blog, ses présentations en ligne, ses photos et  trouvailles sur son compte twitter @julanimtic.

L'excellent blog de Loïc Gervais, coordinateur des EPN à Thonon-les-Bains (France) : associe un travail de réflexion, de ressources, de supports sur la médiation numérique (ce qui le questionne, l'amuse ou l'irrite) : http://mediateurnumerique.org/ Il a écrit un article d'actualité : « de l'animateur multimédia au médiateur numérique ». Veilleur invétéré, il a mis en place plusieurs revues de presse sur Scoopit dont une qui concerne le médiateur numérique.

Yann Vandeputte, coordinateur et formateur de l'espace public numérique Relais (Paris 12ème), anime un blog complémentaire au site officiel de l'EPN. Cet espace de communication lui permet de cibler son discours sur l'actualité de l'EPN enrichi d'une veille sur le numérique, comme par exemple les meilleurs mémos et tutos repérés et un article que je vous recommande qui met en regard le profil d'animateur à celui de coordinateur d'EPN.

Toutes ces expériences racontées sont des sortes de cartes de visites augmentées. Le web devient un laboratoire de la médiation numérique. Il donne à voir ce qui se tisse, se prépare, s'élabore dans les EPN.

Au fil des articles, d'autres écritures seront à explorer. A suivre...

Tags : écriture - Médiation Numérique - métier

Connaissez-vous Ars Industrialis ? (2)

Ars Industrialis, rappelons-le, est une association créée notamment par Bernard Stiegler qui propose rien moins que de « former une écologie industrielle de l'esprit ». Christian Fauré, philosophe et ingénieur informaticien qui est membre du conseil d'administration, travaille notamment sur les technologies relationnelles. Ce qui suit synthétise ses interventions à deux colloques, l'un à Noirlac le 20 octobre (déjà évoqué ici), l'autre à Aix-en-Provence le 29 novembre dernier.
Christian Fauré.

Christian Fauré invite à comprendre ce qui se joue dans l'évolution récente des TIC.  Pour commencer il faut, dit-il, sortir de « la fable de l'immatériel » : c'est bel et bien une nouvelle industrie qui s'est mise en place. Cette industrie ne vend plus des machines (étape du hardware, représenté par IBM), des logiciels (étape du software, avec Microsoft) ou des systèmes d'exploitation de réseau (étape du netware, avec Sun Microsystems), mais des accès aux données. Nous en sommes donc à la quatrième étape : celle du dataware, l'échange de métadonnées, dont l'entreprise emblématique est Google. C'est essentiellement une industrie de transfert. Le transfert est depuis le départ une notion juridique, une question de propriété qui se règle par des protocoles :  d'où les  http, ftp et smtp où « tp » signifie chaque fois « protocole de transfert ».

Les industries de transfert pistent nos traces numériques. Lorsque l'on clique sur une « acceptation des données utilisateurs », on ne fait en somme que transférer nos droits d'usage. Autrement dit, on valide juridiquement un modèle présent et à venir, ce qui revient à accepter d'être dépossédés de nos données personnelles, qui sont ensuite réutilisées après diverses transactions par le marketing. Bernard Stiegler parle à ce sujet de « servitude volontaire organisée ». Ce qu'on appelle les services du Web2.0 sont en fait des formulaires que nous remplissons en ligne sans jamais choisir les métadonnées. Facebook est bien mieux renseigné que Loppsi...

Le réseau est « fallacieux », dit encore Fauré. Il est dans une logique d' «offuscation », c'est-à-dire qu'il tait son véritable fonctionnement. Que se passe-t-il lorsqu'on effectue une recherche Google ? En fait, Google ne recherche jamais rien : il ne fait que copier les réponses pré-calculées à nos requêtes. Les opérateurs sont dans une position de contrôle panoptique des données. Amazon ne s'intéresse pas aux livres, mais à nos traces de lecture. Nos lectures en ligne sont décortiquées par les readers analytics, et la surveillance est désormais très affinée. Les décideurs prétendant savoir ce que le public préfère lire, en déduit comment il faut écrire, et c'est ainsi que s'instaure de nouvelles normes qui touchent tous les maillons de la chaîne éditoriale. Que peuvent les libraires face aux recommandations algorithmiques ?

Raison de plus pour s'investir dans ces questions, lutter contre la perte des savoirs et occuper le terrain culturel des Digital Studies. Refonder une « politique industrielle des technologies de l'esprit » est au coeur du projet d'Ars Industrialis.

Le blog de Christian Fauré : http://www.christian-faure.net

Le site d'Ars Industrialis : http://arsindustrialis.org 
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